Fédération Rhône-Alpes de Protection de la Nature

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Quel constat pour la montagne de demain ?

Les Alpes attirent une clientèle touristique toujours plus nombreuse, notamment pour les sports d'hiver. En Savoie, il y a aujourd'hui plus de lits touristiques que de résidents à l'année et la moitié des emplois sont dans le secteur touristique. Le tourisme est devenu pour de nombreuses communes l’activité dominante voire quasi-exclusive, occasionnant un déséquilibre entre aménagement et protection en défaveur du milieu naturel et de la biodiversité.

Une artificialisation croissante de la montagne engendrée par une illusion économique

Les équipements touristiques modernes ont induit de profondes mutations structurelles dans les régions de montagne et une artificialisation du paysage. On aboutit à des zones parfois très vastes suraménagées et suréquipées par l'industrie des sports d'hiver, transformant la montagne en véritables parcs d'attraction.

Le flot de véhicules en hiver provoque la saturation régulière des axes routiers, asphyxiant Chambéry et Albertville. Le tourisme du ski engendre un trafic aérien croissant et de plus en plus sonore sur l'aéroport du Bourget du lac avec aujourd'hui des liaisons moyens courriers avec l'Europe.

En montagne, la multiplication des hôtels, des loisirs (golfs, terrains de tennis, piscines, spa...), des pistes de skis, des remontées mécaniques, ou encore des restaurants et hébergements en altitude sont autant d’aménagements qui participent au déséquilibre. L'industrie du ski est dispendieuse en espace et en énergie (canons à neige, remontées mécaniques…).

Certaines communes ont opté pour la mono-industrie du sport d'hiver. La conduite des affaires municipales est alors polarisée par les intérêts de la station de ski. Celle-ci est obsédée soit par la concurrence, soit par sa survie lorsqu'elle se trouve en situation difficile. Dans les deux cas, la tendance est à la “fuite en avant”, avec la création de nouveaux équipements très coûteux et toujours agressifs pour les milieux naturels.

Toutes ces tendances vont malheureusement en s'accentuant.

Nouvelle donne

Le taux de départ aux sports d'hiver est relativement stable depuis les années 1990 autour de 8,5% (source : Odit France), mais avec une nette tendance à la baisse depuis l'hiver 2004- 2005 pour atteindre, en 2006, 7,7%. Actuellement 609 domaines skiables sur 666 bénéficient d'un enneigement naturel suffisant mais “une hausse de température de 1°C, de 2°C ou de 4°C (...) pourrait ramener le nombre de domaines skiables jouissant d'un enneigement fiable à 500, 400 ou 200 respectivement” (communiqué officiel de l'OCDE en date du 13 décembre 2006).

Dans le même temps on observe une hausse substantielle, et relativement constante depuis 2001, des investissements, notamment au travers des travaux de création de remontées mécaniques et d’installations d’infrastructures liées à la production de neige artificielle.

Chaque nouveau problème technique ou économique est résolu en puisant dans les ressources naturelles : urbanisation et création de pistes de ski lorsque la fréquentation s'essouffle, recours à l'enneigement artificiel, nivellement et reprofilage des sols pour répondre à la demande croissante et versatile de la clientèle, épuisement de la ressource en eau pour pallier les difficultés d'enneigement et permettre l'augmentation des capacités d'accueil... Par effet de conséquence, il faut creuser des lacs de retenue afin d'assurer l'alimentation des canons à neige, conquérir de nouveaux terrains pour installer les télésièges et téléphériques, et aménager de nouveaux domaines en altitude...

Les exigences croissantes de confort et de sécurité de la clientèle et la concurrence accrue par les impératifs de rentabilité économique de l'activité touristique (au regard des investissements consentis...) entraîne les investisseurs vers la recherche de nouvelles “niches” commerciales : c'est la multiplication de très grands itinéraires de ski hors piste accompagnés par des guides ou moniteurs avec reprise des clients en taxi, en bus ou en hélicoptère, du développement effréné des randonnées en quads et en motoneiges. Les activités motorisées sont pourtant légalement interdites dans le milieu naturel.

Ces pressions continues et agressives sur les zones d'hivernage de la faune ont pour conséquence la banalisation des espèces et la raréfaction des espèces singulières. Les galliformes de montagne en sont les victimes les plus emblématiques.

La clientèle est largement orientée vers des activités commercialisables et rentables. Ces pratiques répandent chez les clients (essentiellement citadins) l'idée que la montagne est un “terrain de jeu et d'aventures”. Pourtant, les enquêtes de clientèle montrent que les visiteurs d'été ou d'hiver viennent chercher en montagne un lieu de ressourcement, de calme, d'authenticité, plus souvent qu'un lieu d'activités sportives.

Cette industrie touristique finit presque toujours par échapper au contrôle des habitants et des élus locaux, et lorsque ce n'est pas le cas, les communes sont surendettées ou largement déficitaires. Mais le plus souvent, la course aux investissements très coûteux et la concentration de l'activité font passer les petites stations sous la coupe des plus grandes, elles-mêmes contrôlées par de grands capitaux.

Aujourd'hui, on sait que le marché du tourisme ski est “mature”, voire en dépression, et la Savoie suréquipée. Beaucoup de stations de faible altitude sont en grave difficulté financière ou en faillite. Et quels seront les effets du changement climatique ? Dans ce contexte, miser sur le tourisme d'hiver n'est concevable que pour des sites présentant des qualités exceptionnelles ou des acquis solides. La stratégie à envisager pour aider les stations menacées est en débat dans nombres d'instances : Régions, Comités de Massif, Départements. Tous s'accordent sur la nécessité de sortir du “tout ski alpin”pour les stations moyennes.

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